Dossier santé

Les dépressions, quand l'âme chavire

Le 16 mars 2016

  • Femme triste assise sur le bord d'un trottoir

Il existe plusieurs degrés et diverses formes de dépression. Il convient de les différencier, car les traitements pour en sortir ne sont pas (forcément) les mêmes. Petit tour d’horizon des troubles dépressifs les plus fréquents.

La tristesse fait partie de l’existence. C’est une émotion éminemment humaine que nous éprouvons tous plusieurs fois et qui, généralement, accompagne la perte d’une personne ou d’une chose aimée. Quoi de plus normal, de plus naturel que de pleurer un amour perdu, un être cher disparu, un travail qui nous plaisait, une période de vie heureuse… ? La tristesse, émotion de vie, n’est pas une maladie. La dépression, si.

Déprime ou dépression ?

La dépression peut se manifester par plusieurs symptômes, aussi bien psychiques (sentiment de tristesse intense et permanent, perte de motivation et d’intérêt, angoisses, troubles de la mémoire et de la concentration, etc.) que physiques (fatigue, troubles du sommeil, de l’appétit, de la digestion, palpitations, maux de dos et/ou de tête, etc.). La déprime aussi peut provoquer de semblables manifestations. Ce qui différencie fondamentalement un simple moment de déprime d’une véritable dépression, ce sont la durée et l’intensité des symptômes. Verser toutes les larmes de son corps pendant trois semaines suite à une rupture amoureuse, c’est normal. Pleurer encore quotidiennement six mois plus tard est le signe de quelque chose de plus profond.

Autre élément 
qui plaide en faveur d’une dépression : l’impact des symptômes sur la vie sociale, familiale et professionnelle de celui ou de celle qui en souffre. Une personne déprimée continue, vaille que vaille, à gérer le quotidien, alors qu’une personne dépressive n’est plus capable de faire face aux tâches les plus simples. Même se lever le matin relève de la gageure…

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Comment soigner une dépression ?

  • Femme enjouée tendant les bras vers le ciel

Pour être efficace, le traitement d’une dépression doit reposer sur deux volets : les médicaments et une psychothérapie.

  • Les antidépresseurs agissent sur les neurotransmetteurs (Les neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine, noradrénaline, etc.) sont des messagers chimiques qui permettent aux neurones de communiquer), ce qui diminue les symptômes de la dépression. Attention, cela prend du temps ! Il faut compter environ 3 semaines pour que les effets des antidépresseurs commencent à se faire sentir. Et il faut les prendre pendant plusieurs mois, sous peine de rechute.
  • La prise en charge psychologique permet d’interroger les causes et le(s) facteur(s) déclenchant(s) de la dépression. Elle est ainsi susceptible de prévenir les récidives. Sachant qu’une personne qui a fait une dépression a 50 à 60 % de risque d’en faire une deuxième (voire davantage), ce n’est pas anodin !

Ces deux approches sont complémentaires et permettent de guérir une dépression dans 80 à 90 % des cas. Si la maladie persiste, on peut envisager d’autres voies de traitement : les électrochocs (sous anesthésie, bien sûr !), la stimulation du nerf vague (Un boîtier implanté chirurgicalement envoie de petits courants électriques dans un câble enroulé autour du nerf vague), la stimulation cérébrale profonde (un boîtier implanté chirurgicalement envoie de petits courants électriques dans le cerveau via des électrodes qui ont été placées.) ou encore la stimulation magnétique transcrânienne (champ magnétique induit par une sorte de bobine placée sur le crâne et agissant sur le cerveau).

Quand l’hiver déprime…

Environ 15 % de la population souffre de blues hivernal à des degrés divers. Chez certains, cette déprime saisonnière se transforme en dépression. La personne, irritée et irritable, a le cafard ; elle est fatiguée, elle manque d’énergie et de dynamisme ; elle a envie de dormir davantage (hypersomnie) et de manger plus, surtout des aliments sucrés. Cet état est dû à des perturbations dans la production de mélatonine. Cette hormone régule l’humeur et les rythmes biologiques, et favorise le sommeil. Normalement, elle est sécrétée pendant la nuit et sa production est bloquée dès que la lumière du jour frappe notre rétine. Or, en hiver, on manque souvent de lumière ! Chez les dépressifs saisonniers, l’inhibition de la mélatonine ne se fait pas bien, ce qui déclenche les symptômes. Par définition, la déprime/dépression saisonnière revient chaque année et repart dès le retour des beaux jours. On ne la traite pas avec les antidépresseurs, mais plutôt avec la luminothérapie. Ce traitement, qui consiste à s’exposer quotidiennement à une lampe de luminothérapie, donne de bons résultats : dans 80 % des cas, les symptômes s’améliorent en quelques jours !

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La dépression postnatale

Il ne faut pas confondre le baby-blues et la dépression du post-partum (postnatale). Le premier est un phénomène essentiellement hormonal, qui survient 2 à 3 jours après l’accouchement, et dure rarement plus de quelques jours. On estime que les trois quarts des jeunes mères sont touchées par le baby-blues. La dépression post-partum, quant à elle, toucherait environ 15 % des mères. Elle peut commencer jusqu’à 9 ou 10 mois après l’accouchement et durer un an. Les symptômes sont identiques à ceux d'une dépression « classique » : troubles du sommeil (hypersomnie), fatigue, troubles alimentaires, intense sentiment de tristesse, etc. Mais alors que la dépression classique se caractérise par un repli sur soi et un rejet des autres, les mères dépressives se détachent rarement de leur bébé. Au contraire, elles ont tendance à le surinvestir. Au niveau des traitements, certains antidépresseurs ne passent pas dans le lait maternel et peuvent donc être prescrits. Ceci dit, ils ne sont pas indispensables. Reconnaître la souffrance de la mère et l'accompagner psychologiquement peut suffire à la guérir de sa dépression.

La dépression de la personne âgée

La dépression de la personne âgée touche 15 % des plus de 65 ans. Dans les maisons de repos, 40 % des résidents en souffriraient. Bien que le sujet soit tabou et difficile à chiffrer, certains spécialistes affirment que bien des décès de personnes âgées sont en fait des suicides, l’aboutissement de dépressions non diagnostiquées ou mal prises en charge… Si ce type de dépression n’est pas toujours facile à repérer, c’est parce qu’elle se manifeste moins par de la tristesse que par des plaintes psychosomatiques et/ou le ralentissement de certaines fonctions intellectuelles : troubles de la mémoire, de la concentration, de l’orientation dans l’espace… autant de symptômes qui ressemblent à ceux de la maladie d'Alzheimer ! D’où la confusion entre les diagnostics. La dépression de la personne âgée se soigne avec des antidépresseurs et, éventuellement, avec un accompagnement psychologique. Si l’origine de la maladie est liée à l’isolement et au sentiment de solitude, l’entourage jouera un rôle important dans la guérison du patient.

La "maniaco-dépression"

La dépression bipolaire est un type très particulier de dépression qui affecte les personnes souffrant de troubles bipolaires. Il s’agit d’une maladie psychiatrique qui touche 1 à 2 % de la population et qui se caractérise par l’alternance d’épisodes de dépression profonde et d’épisodes maniaques, d’euphorie excessive. La dépression bipolaire présente quelques différences avec la dépression unipolaire « classique ». Elle apparaît une première fois plus tôt (entre 15 et 30 ans) et certains symptômes sont assez typiques : hypersomnie, tendance à la boulimie, grande irritabilité, etc. Surtout, elle ne répond pas bien aux antidépresseurs. Pour traiter les troubles bipolaires, les médecins prescrivent généralement des régulateurs de l’humeur : lithium, antiépileptiques, certains antipsychotiques de nouvelle génération, etc. Ces traitements nécessitent d’être bien dosés - ce qui prend parfois du temps - et doivent être suivis sur le long terme. Faute de quoi, les épisodes maniaques et dépressifs reviennent.

Le burn-out : une dépression ?

  • Homme découragé s'écroulant sur son lieu de travail

Le burn-out est un syndrome d’épuisement professionnel qui se manifeste sur les plans physique, psychologique et émotionnel. S’agit-il d’une forme de dépression ? La question fait débat chez les spécialistes. La majorité considère que le burn-out est un phénomène à part, mais qui peut s’accompagner ou se compliquer d’une dépression. En effet, contrairement à un dépressif qui peine à se lever le matin, la personne en burn-out peut continuer à fonctionner pendant des mois, voire des années.

Prévenir les dépressions

S’il n’est pas toujours possible d’échapper à la dépression, certaines mesures ont un impact bénéfique scientifiquement prouvé sur l’humeur.

  • Le sport est un excellent antidépresseur ! Plusieurs études scientifiques ont établi que 3 heures de sport par semaine sont aussi efficaces pour traiter une dépression légère à modérée qu’une cure d’antidépresseurs.
  • La méditation en pleine conscience (« mindfulness ») consiste à se recentrer sur sa respiration et ses sensations, ici et maintenant, sans chercher à les modifier. Méditer quelques minutes chaque jour a des effets quasi miraculeux sur le stress, l’anxiété et les états dépressifs.
  • Une alimentation riche en fruits et légumes et en oméga 3 (poissons gras, huile de colza, etc.) et agrémentée de temps en temps d’un ou deux carrés de chocolat noir jouerait également un rôle dans la régulation de l’humeur.
  • Faire des câlins, serrer quelqu’un dans ses bras pendant au moins 20 secondes, caresser un chat ou avoir un orgasme produit des décharges d’ocytocine, une hormone qui joue un rôle fondamental dans notre sensation de bien-être.
  • Faire de nouvelles expériences et sortir de temps en temps du train-train quotidien aurait également une influence positive sur le sentiment de bonheur. Voyager, se promener dans des lieux inconnus, faire des rencontres, s’adonner à de nouvelles activités sportives, culturelles ou encore culinaires… autant de nouveautés qui enrichissent l’existence et font du bien au moral !

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